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So Kalmery - Rencontre au CAP (2008)


Le blues swahili de So Kalmery

Le chanteur et guitariste congolais publie un nouvel album après sept ans de silence. L’occasion de redécouvrir sa personnalité attachante et son goût du métissage, pour un son unique entre le blues et le brakka de son enfance. Ses deux précédents disques, "Rasni" (1997) et "Bendera" (2001), sont épuisés depuis belle lurette. Installé à Paris depuis une vingtaine d’années, So Kalmery est l’un de ces artistes rares, trop rares sans doute, qui préfèrent l’ombre à la lumière et construisent leur carrière avec modestie et discrétion. Avec une timidité élégante et un goût du secret distingué, est-on tenté d’écrire. Ce sont les premiers mots qui viennent à l’esprit quand on rencontre cet homme d’une cinquantaine d’années, à la voix douce et posée. Il est de ceux que la vie a poli, qui ont abandonné le superflu pour se concentrer sur l’essentiel.

So voit le jour près du lac Kivu, dans l’Est de ce qui est encore le Congo belge, au mitan des années 1950. Son père musicien, partisan du martyr de l’indépendance congolaise Patrice Lumumba, disparaît comme son mentor dans les troubles du début des années 1960. On ne retrouvera jamais son corps. Orphelin à l’âge de raison, réfugié dans les forêts des zones frontalières des Grands Lacs, So fuit avec différents orchestres les conflits qui ravagent la région, et trouve finalement refuge en Zambie. A l’adolescence, il accompagne la vedette locale Dorothy Masuka, puis rejoint Kinshasa à la fin des années 1970. La rumba secoue le Zaïre, et le jeune homme officie à la guitare au sein de Viva la Musica, aux côtés de Papa Wemba ou Koffi Olomidé. Il gagne finalement l’Europe au début des années 1980, passe quelques années à Londres, puis s’installe définitivement à Paris.

«J’ai voyagé pour me découvrir»

«A l’époque, en Afrique, nous enregistrions beaucoup, mais maintenant je ne mets jamais moins de cinq ans pour faire un disque»
, répond-il quand on s’étonne de ses années de silence. Pour ses deux premiers albums, il avait travaillé avec Loy Ehrlich, Paco Séry, Etienne MBappé ou Linley Marthe. Depuis, l’artiste a repris ses voyages, tranquille, au fil de sa vie : il a cherché l’inspiration de la Guadeloupe à l’Australie des aborigènes en passant par l’Egypte, et comme son père multi-instrumentiste, qui voguait du piano à la trompette en passant par l’accordéon, il a adopté pour ses compositions le oud et le didgeridoo, outre sa fameuse douze cordes et son électrique. Ce Brakka System sonne sans doute plus pop que ses précédents albums, avec une majorité de pistes au blues sautillant, porté par son jeu de guitare fluide et groovy et la rythmique assurée par Hilaire Panda et Larry Crockett, batteur de Liz McComb. Mais quelques morceaux plus atypiques illuminent le disque de toute sa douceur, tout son talent. Comme le très beau Kamitik Soul, chanson hantée sur la rédemption, ou Sema, pièce acoustique aux envolées de saxophone. Au final, s’il sonne peut-être moins africain que ses prédécesseurs, Brakka System conserve les riddims et l’approche rythmique cyclique du continent premier, et le Swahili, sa langue maternelle, comme idiome principal mêlé à l’Anglais.

«Guérir, instruire les gens»

Si son propos est aujourd’hui plus mondialisé, So n’en a pas oublié d’où il vient : il travaille avec de jeunes musiciens africains de Paris, leur transmet le brakka, un pan de la culture d’Afrique de l’Est presque oublié depuis les indépendances, qu’il considère comme son école de la musique et de la vie. «Une tradition ancestrale, une danse de combat aussi… Mais surtout une musique populaire, de rue, éducative pour la jeunesse, qui se pratiquait avec beaucoup de discipline et transmettait le savoir. C’était le hip-hop de nos sociétés africaines, bien avant l’heure», résume-t-il. «La musique a toujours eu plusieurs fonctions : faire la fête, mais aussi guérir, instruire les gens. Les artistes choisissent leur chemin. Mais aujourd’hui, seule la musique festive marche», constate-t-il avec la douceur qu’on lui connaît. C’est aussi pour cela qu’il tente de transmettre son patrimoine : «C’est peut-être parce que l’Afrique ignore son passé qu’elle ne se projette pas dans le futur».

Jean Berry



Jean Berry




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